Raquettes dans la brume | 2

La deuxième histoire se passe à une dizaine de kilomètres de là, dans un site magnifique, un cirque, qui sert l'hiver pour le ski de fond, des promenades en traineau tiré par des chiens, des promenades en traineau à cheval et surtout en ce qui nous concerne, pour des promenades en raquettes.
Comme nous sommes à une porte du parc de la Vanoise, on peut assez souvent observer des animaux. Équipez-vous, on y va !

Cette fois nous avons rendez-vous avec deux jeunes gens au départ du funiculaire de Bourg.
9 h 45 je gare mon minibus sur le parking, nous venons d'acheter des  baguettes de pain cuites au feu de bois pour le casse-croûte et nous allons accueillir nos « clients ».
Les voilà : Monsieur, un jeune infirmier d'Arras ; sportif, il fait de la course à pied, sympa, très décontracté. Madame, étudiante en septième année de médecine à Lille. Jeune, fine, discrète. Je passe maintenant la parole à un ami qui nous accompagne.


Le temps est bouché. Dix centimètres de neige fraiche recouvrent le parking, c'est l'hiver ! Départ pour vingt minutes de route sur un parcours qui doit nous emmener sur notre site. Le pilote est prudent. Bien que les « engins » nous aient dégagé la voie, on est à la limite de patiner malgré nos pneus neige tout neufs.
Sur le parking, nous ne sommes pas les premiers, les chiens de traineau s'échauffent. Leurs aboiements sont significatifs : ils aiment courir et, parait-il, ne craignent qu'une chose : que la neige fonde et, comme des gosses, que les vacances soient finies.
Ils partent et le silence retombe. On chausse les raquettes je mets mon passe montagne, il doit faire moins dix. Pour le moment on ne sent pas le froid, mais si le vent se lève, il vaut mieux être prudent. Le sac sur le dos, un peu d'eau, quelques fruits secs, le bonnet, le foulard. Je suis prévoyant on part pour deux ou trois heures ; il est difficile de tout prévoir.
Pour le moment, le plafond est bas et la visibilité au sol est de 7 à 800 mètres. Une ambiance particulière : pas de bruit, la neige sous nos pieds est souple et, dès les premières minutes, je sens que nous allons nous  faire plaisir. Ils sont vite dans le coup et on avance rapidement. On passe entre le petit torrent et le pied des  falaises afin d'observer d'éventuels animaux.
Je marche le dernier afin de permettre à l'accompagnateur de bien se faire entendre et de répondre aux questions des randonneurs. A plusieurs reprises je m'arrête pour observer la falaise dans l'espoir de repérer quelque chose, mais j'abandonne vite ce petit jeu car mes « collègues » grimpent tellement bien que j'ai le souffle court quand je les rejoins. Et puis, comme je disais, le plafond est bas et, le matin, les bouquetins sont peut-être plus haut. Une heure s'écoule et bientôt deux ; on n'a toujours vu ni bouquetin, ni chamois. Rien ! Mais par contre nos deux marcheurs se font plaisir. La neige est fraiche, on enfonce d'au moins trente centimètres, c'est un régal, et puis Antoine nous fait remarquer qu'on devine le soleil au-dessus de nos têtes. Encore deux cents mètres et on fera la pause auprès des chalets que l'on entr'aperçoit.
Notre équipière semble avoir vu quelque chose ; on s'arrête. Là ! à gauche de la corniche, elle croit voir un animal ! Antoine sort les jumelles... Désolé, c'est un buisson. Dommage on aimerait quand même voir un chamois. On est arrêté, on cherche encore et de nouveau notre jeune dame remarque une chose plus près de la falaise. Là, elle a raison, c'est un bouquetin.
Les jumelles passent de main en main, Antoine tombe le sac, sort la longue vue, et le verdict  nous satisfait, nous comble, car ce n'est pas un, mais deux puis trois bouquetins qui sont dans la zone.
On a bien marché, on savoure notre chance et comme on le constate quelquefois, elle  nous sourit de nouveau.
Antoine a repéré un oiseau. Dans la matinée, il nous avait bien dit qu'il avait déjà vu des aigles royaux, le nid d'un gypaète ; mais bon, c'était il y a quelques jours, et ce jour là il faisait beau ; or aujourd'hui, même si cela s'améliore depuis une demi-heure, c'est tout de même assez bouché...

Ouah ! C'est lui ! C'est le Gypaète* ! Deux mètres cinquante d'envergure (d'ici on ne le croirait pas) mais l'animal qui, visiblement, chasse, se rapproche de nous. À cent mètres, peut être. Et là, pas de doute, on voit son poitrail orange, il plane majestueusement, il repart, revient, et pour finir se pose sur une arête de telle sorte que son profil se découpe parfaitement. Il est bien à trois cents mètres, tout de même. Antoine règle la longue vue et tous nous pouvons l'observer. Il est posé telle une poule sur son nid et ne bouge plus.
Du coup,  on se boit un petit thé à la cannelle, on avale quelques fruits et c'est d'un pas de chasseur alpin que l'on revient au point de départ.
Eh oui, après toutes ses émotions, une petite faim se fait sentir.
Rappelez-vous le pain frais cuit au feu de bois, celui qui a une bonne croûte bien ferme et craquante, celui qui sent bon la fumée, il nous attend avec du saucisson de montagne, de la noix de jambon, du vin blanc du pays... et du feu dans la cheminée. Et voilà comment se termine la sortie, le chalet qui loue des skis de fond sert aussi de refuge,  on peut même y apporter son casse-croûte !


*Gypaète : d'après le petit Larousse, grand rapace diurne vivant dans les hautes montagnes, Afrique, Asie centrale, Europe, se nourrit comme les vautours de charogne. Peut dépasser 2,50 m d'envergure.
Antoine nous a expliqué que le Gypaète a été réintroduit dans le parc il y a quelques années, et qu'il s'adapte bien puisqu'il nidifie et a eu un petit.
Il se nourrit essentiellement d'os qu'il laisse tomber de très haut sur une aire afin de les briser, ensuite il les broie, et les digère... J'en ai froid dans le dos.

Eric

Seconde chronique

bouquetins gypaete
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